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Interview Par Valérie Salva de Villanueva Vekava Art Contemporain 116, Avenue des Champs Elysées Paris Juin 2002 |
Valérie Salva de Villanueva : Comment vous est venue l’idée de cette installation ? Asteggiano : « Il y aura toujours un chien perdu quelque part qui m’empêchera d’être heureuse » (disait « La Sauvage. » de J. Anouilh) ; je suis née comme ça !!! A Paris en mai 2002, lors d’une conférence de presse au Club de la Presse, j’ai vu quelques photos extraites des CD Rom (plaisir et catalogues pédodocriminels) je n’en parlerai pas, les mots n’existent pas !!! Imaginez le pire, vous y êtes !!! Si nous n’agissons pas davantage, immédiatement et de façon plus efficace, les enfants étant notre avenir, il n’y aura personne pour profiter de ce « jolimondécolo » que ce même Etat s’applique à nous fabriquer ! VSDV :Combien de temps vous a-t-il fallu pour créer cette installation? A : Cette question recoupe un peu la première : la période de création commence en même temps que l’idée. Un besoin naît dans la tête et très vite, une image se substitue à lui. Au départ, elle est un peu floue, elle prend « corps » petit à petit. Le challenge est de trouver le « comment » exprimer le dégoût, la révolte… sans voyeurisme, pas pour « faire pleurer dans les chaumières », sans les mots, sans les images de la réalité (surtout : ne pas employer les moyens des pédo-criminels : photos, noms, visages, mots ; surtout ne pas leur servir de tremplin, ne pas leur fournir d’éléments à critiquer, ne pas ouvrir de possibilité de discours, ne pas leur donner la possibilité de se chercher des excuses psychologiques ou autres. Il y a les enfants, eux ne sont pas des poupées de chiffon ; leur vie, un jour qui n’était certainement pas beau, a basculé dans l’horreur et même si les apparences ne le montrent pas toujours, ils sont marqués à tout jamais Non, je ne dévie pas votre question : Un matin vous vous levez et vous entendez à la radio qu’un môme, encore, a été enlevé, qu’un môme a été « retrouvésanvidansuntérinvague », un môme, encore un !!!! Alors, la rage vous prend, et vous vous lancez ; en travaillant, les idées viennent, se transforment, se concrétisent… En fait, la création a pris des années, mais la fabrication n’a durée que trois mois ; trois mois sans me poser la question « ça va plaire ou non ? » ou « Est-ce de l’art ? » A cette dernière question, Malévitch répondait : « L’art ne pose pas cette question. »
VSDV : Vous avez semble t- il, volontairement rejeté les produits manufacturés, pourquoi ? A : Pas totalement si on considère les murs et les masques. Pour finir, il y a les épouvantails : VSDV : Dans votre choix de couleur l’esthétique est- elle entrée en ligne de compte ? A : Le « regardeur » se trouve devant une pièce où, hormis le noir et l’ocre, les couleurs sont absentes. Les couleurs, c’est la vie et la vie, ici, est mise entre parenthèses. A : Nous vivons dans un monde qui s’éloigne des vraies valeurs ne connaissant que celle(s) du profit et (ou) du plaisir immédiat. Parler à un adulte de cette chose, sous le portefeuille, qui s’appelle « cœur » ne peut, à mon avis, que passer par son cœur d’enfant. Pour le faire réagir, Il faut que sa propre peur soit « égoïste », qu’elle lui parle de lui et pas du voisin ; « parlez-moi de moi, il n’y a que moi qui m’intéresse. » ! On garde toujours la mémoire de l’enfance. Il doit savoir que cette enfance détruite aurait pu être la sienne et sera peut-être demain celle de son fils, de sa fille… A : A dire vrai avant n’importe quelle création les choses mûrissent en vous et un jour, il faut qu’elles sortent et (même si la somme de travail est considérable) tout se fait presque tout seul. J’ai tout de même privilégié la façon « soft », le sujet est assez dur comme ça ! Pourtant, il est vrai qu’en prenant un peu de recul face à chaque élément terminé je le trouvai bien plus fort que ce que j’avais imaginé. Par exemple, le jour où j’ai accroché le mobile au-dessus du lit, l’image m’a choquée et pourtant c’est moi qui l’ai fabriqué de toute pièce ! Je l’ai montré à une amie qui m’a dit : « tu vas trop loin ». Le soir, j’apprenais la définition de « vidéo snuff » (vidéo ou film ou les enfants sont torturés, violés, tués en direct ; vidéo ou film commercialisés sur le Net pour environ 20 000 $ US). Alors : Ca veut dire quoi : « aller trop loin ? » VSDV : Dans un tel sujet il est très difficile d’établir la limite entre dénonciation et prosélytisme ? Est ce que cela était une de vos craintes ? A : En réalité, je n’ai pas pensé à tout cela. J’ai choisi de faire une « installation » plutôt qu’une série de tableaux ou d’écrire ; je suis d’accord avec la définition de : Paul Ardenne, Pascal Beausse, Laurent Goumarre (Pratiques contemporaines L’art comme expérience. ) « Les artistes sont aujourd’hui des passeurs. En recyclant des images, réelles ou fictionnelles, ce qu’ils proposent, ce ne sont plus des oeuvres, ni même des objets d’art, mais des processus, des propositions de situations à expérimenter en commun... La question devient alors comment ce monde nous est raconté, comment une histoire est racontée et comment on la reçoit. Dans ce processus, le spectateur s’intègre à l’œuvre en s’efforçant de fabriquer lui-même une histoire située entre réalité et fiction où son déplacement lui sert d’outil pour lire le monde... » Ma seule crainte serait plutôt que les gens n’aient plus de conscience, qu’ils passent à côté de l’installation sans réaction. Elle « devait » sortir comme ça et j’ai choisi de ne pas utiliser de mot. C’est vrai, je dénonce mais je ne suis pas « le joueur de flûte », personne n’est obligé de me suivre !VSDV : « Le poids des mots, le choc des photos »…le choc visuel se dispense pour vous de mot à part ce « J’accuse », mais il ne suffit pas d’accuser, de qu’elle manière pensez vous pouvoir utiliser votre installation pour faire reculer la pédo-criminalité ? A : Oui, je le reconnais, « J’accuse » ! Ce terme ne signifie pas seulement « dénoncer », il ne faut pas oublier une autre de ses significations : « faire ressortir » Sur ce coup-là, j’accuse un dégoût profond alors j’accuse les gens qui le provoquent. Je souhaite que cette installation soit vue par le plus grand nombre de gens Que ces gens-là se posent des questions, qu’ils réagissent, qu’ils parlent à leurs enfants Que chacun prenne conscience que « ça n’arrive pas qu’aux autres » Que les bois où les mômes se promènent aujourd’hui c’est le Net et dans ces bois-là, on peut y ramasser des myrtilles et des fleurs, mais si l’on n’est pas prévenu, on peut aussi y rencontrer le loup et s’y faire croquer Félix Leclerc chantait : |
"Quand les hommes vivront d’amour Il n’y aura plus de misère Les soldats seront troubadours MAIS nous… nous serons morts mon frère." |
A nous de prouver que ce n’est pas vrai, alors … Les poupées de chiffon redeviendront enfin des enfants. |
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